Article
Comment demander de l'aide
quand on a peur de déranger
C’est étonnamment pas si facile que ça de demander de l’aide à quelqu’un.
Peut-être que vous êtes plutôt la personne qui, d’habitude, donne, soutient et prend soin des autres mais qui est très mal à l’aise à l’idée d’être soutenue en retour.
Peut-être que vous avez peur de déranger vos proches, de les gêner ou de les embêter avec vos problèmes.
Ou peut-être qu’on vous a appris qu’il fallait se débrouiller tout seul, ne dépendre de personne et éviter d’être un poids.
Alors, même lorsque vous en auriez bien besoin, vous vous dites :
« C’est pas grave, je vais me démerder. »
Vous essayez de tout gérer seul. Vous attendez que ça passe. Vous espérez éventuellement que quelqu’un remarque que vous allez mal, tout en faisant de votre mieux pour que personne ne le remarque.
Et si quelqu’un vous demande si ça va, vous répondez évidemment : « T’inquiète, je gère. »
Le problème, c’est que vous ne gérez pas toujours.
Et surtout, éviter de demander de l’aide n’est pas forcément aussi gentil pour les autres que vous le pensez.
Votre anxiété vous raconte un film
Lorsque vous envisagez de demander du soutien, votre anxiété fabrique probablement tout un tas de scénarios :
La personne va se sentir obligée de vous aider. Vous allez lui prendre trop de temps. Votre problème n’est pas assez grave. Elle va vous trouver lourd. Elle va moins vous aimer.
Vous allez commencer par demander un petit service et finir par devenir l’équivalent humain d’un crédit à la consommation impossible à rembourser.
À partir de là, demander de l’aide ressemble forcément à une très mauvaise idée.
Seulement, ce film n’est pas une preuve.
Vous pouvez vous répéter pendant trois heures que vous avez le droit de demander du soutien. Si votre anxiété est persuadée du contraire, c’est généralement elle qui gagnera.
Une pensée contre une pensée, c’est souvent la pire qui gagne dans notre petit cerveau malade.
Ce dont vous avez besoin, ce n’est donc pas uniquement d’une pensée plus rassurante.
Vous avez besoin de remettre du réel dans ce que vous vous racontez.
Ne pas demander d’aide peut être plus lourd à porter
Vous imaginez peut-être qu’en gardant vos problèmes pour vous, vous protégez les gens que vous aimez.
Mais si quelqu’un tient à vous et voit très bien que vous allez mal, il ne peut pas forcément décider d’en avoir rien à foutre sous prétexte que vous ne lui avez rien demandé. Il peut s’inquiéter ,se demander ce qu’il se passe, essayer de vous tirer les vers du nez, chercher comment vous aider sans savoir ce dont vous avez besoin...
Parfois, il finit même par se sentir responsable de trouver une solution à votre place.
Et ça, ça peut être beaucoup plus lourd à porter qu’une demande claire.
C’est difficile d’avoir quelqu’un qu’on aime en face de soi, de le voir aller mal et de ne rien pouvoir faire. Cette impuissance coûte de l’énergie.
Vous pensez peut-être que vous ne demandez rien. Mais si votre proche doit analyser chacune de vos réactions, deviner ce que vous cachez et tester différentes manières de vous aider sans savoir s’il est complètement à côté de la plaque, vous lui demandez malgré tout quelque chose.
Simplement, cette demande est invisible et personne ne sait vraiment quoi en faire.
Parfois, demander clairement de l’aide ne rajoute donc pas un poids sur les épaules de l’autre.
Au contraire, cela peut lui en retirer un.
Allez vérifier dans la réalité
Le problème, c’est que vous ne pouvez pas savoir ce que vos proches pensent de vos demandes si vous décidez systématiquement à leur place que vous allez les déranger.
Vous leur retirez même la possibilité de choisir.
Alors, avant de vous forcer à demander quelque chose qui vous met très mal à l’aise, vous pouvez commencer par parler du problème lui-même.
Choisissez quelqu’un avec qui vous vous sentez plutôt en confiance et dites-lui simplement :
« J’ai beaucoup de mal à demander de l’aide parce que j’ai toujours peur de déranger les autres. »
Expliquez-lui ce qui se passe dans votre tête. Ce que vous avez peur de provoquer. Ce qui vous retient habituellement.
Puis demandez-lui comment il vit réellement la situation.
Est-ce qu’il se sent dérangé lorsque vous lui demandez quelque chose ?
Est-ce qu’il préférerait que vous lui parliez plus clairement lorsque vous allez mal ?
Comment vit-il les moments où il sent que quelque chose ne va pas, mais que vous refusez de lui en parler ?
Vous pourriez avoir quelques surprises.
Peut-être que certaines personnes confirmeront qu’elles n’ont pas toujours l’énergie ou les moyens de vous aider. C’est possible.
Mais d’autres vous expliqueront peut-être que ce qui leur pèse le plus n’est pas que vous demandiez quelque chose. C’est de vous voir galérer dans votre coin, de sentir que vous leur cachez des choses et de ne jamais savoir comment vous rejoindre.
Dans tous les cas, vous aurez enfin des informations réelles.
Vous ne serez plus uniquement en train de débattre avec le film tourné par votre anxiété.
Demander de l’aide, ça s’apprend
Comprendre que vous avez le droit de demander ne suffira probablement pas à rendre l’exercice confortable du jour au lendemain.
Si vous avez passé des années à associer les demandes d’aide au rejet, à la honte ou à la peur d’être un poids, votre corps ne va pas soudainement répondre :
« Ah oui, effectivement, vu comme ça ! »
Il va falloir lui faire vivre de nouvelles expériences.
Apprendre à demander sans avoir l’impression de prendre l’autre en otage.
Découvrir que certaines personnes peuvent vous aider et que d’autres ne le peuvent pas.
Supporter que toutes vos demandes ne reçoivent pas forcément un oui sans en conclure immédiatement que personne ne vous aime.
Et comprendre progressivement vers qui vous pouvez vous tourner selon les situations.
C’est précisément ce que je développe dans la vidéo associée à cet article : comment commencer sans vous jeter directement dans le grand bain, choisir des expériences qui vous rassurent réellement et devenir petit à petit plus à l’aise avec le fait d’avoir besoin des autres. Comment bien vivre les refus aussi.
Regarder la vidéo : Comment demander de l’aide quand on a peur de déranger les autres