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Trop intelligent pour être heureux ?
« J’aimerais tellement être débile. Tout serait beaucoup plus simple. »
C’est une phrase que j’ai entendue un nombre assez impressionnant de fois en séance.
Certaines personnes ont l’impression de trop réfléchir pour réussir à profiter de la vie. Elles analysent ce qu’elles ressentent, anticipent ce qui pourrait mal se passer et cherchent constamment à comprendre les gens, les événements ou leur propre fonctionnement.
Même lorsqu’il se passe quelque chose de bien, une partie de leur cerveau reste en train de l’observer, de l’évaluer ou de prévoir la suite.
À côté, elles voient des gens qui semblent capables de s’amuser avec trois fois rien et se demandent si elles ne seraient pas plus heureuses avec quelques neurones en moins.
Rassurez-vous : vous n’avez pas besoin de devenir plus bête.
En revanche, vous avez peut-être besoin de laisser davantage de place dans votre vie aux parties de vous qui ne réfléchissent pas.
À force de tout anticiper, vous finissez par vous emmerder
Lorsque vous réfléchissez énormément, vous avez tendance à prévoir ce qui va se passer.
Vous analysez les différentes possibilités. Vous imaginez les réactions des autres. Vous organisez vos journées et faites votre maximum pour que les choses se déroulent correctement.
Si tout se passe comme prévu, vous n’êtes pas vraiment surpris.
C’est satisfaisant, parfois rassurant, mais pas nécessairement très vivant.
Et si cela ne se passe pas comme prévu, l’expérience peut rapidement devenir agaçante. Vous aviez tout anticipé, tout préparé, tout fait correctement... et quelque chose vient quand même foutre le bordel dans votre plan.
Vous vous retrouvez alors avec deux possibilités assez peu enthousiasmantes : soit la réalité confirme exactement ce que vous aviez prévu et vous vous ennuyez, soit elle vous surprend désagréablement et vous êtes frustré.
À force, votre intelligence peut vous donner l’impression d’avoir déjà tout vu et tout compris.
Ce n’est pas forcément vrai.
Mais pour vous en rendre compte, vous allez devoir arrêter de choisir uniquement des expériences dont vous connaissez déjà le résultat... et oser aller vers quelque chose de plus chaotique.
Plus vous êtes intelligent, plus vous avez besoin de trucs débiles
Si votre quotidien vous demande beaucoup de concentration, de sérieux ou de maîtrise, vous avez besoin de moments qui prennent le contrepied de tout cela.
Pas d’un nouveau projet utile. Pas d’une activité qui développera vos compétences, enrichira votre CV et vous permettra d’optimiser votre temps libre.
De quelque chose que vous pouvez faire simplement parce que : pourquoi pas ?
Une activité un peu absurde. Un loisir dans lequel vous n’avez aucune ambition. Quelque chose qui ne vous ressemble pas particulièrement et dans lequel vous ne vous attendez même pas à être bon.
Cela peut être aller danser alors que vous avez deux pieds gauches, tester un atelier qui a l’air légèrement naze, chanter beaucoup trop fort, cuisiner quelque chose d’étrange ou regarder un mauvais film avec des gens que vous aimez.
L’intérêt de l’expérience n’est pas nécessairement dans l’activité elle-même.
Un film particulièrement mauvais peut devenir une excellente soirée si vous passez deux heures à rire avec vos amis. Un atelier raté peut créer de la complicité. Une activité dans laquelle vous êtes nul peut devenir précisément l’un des rares endroits où vous ne ressentez aucune pression de réussir.
Le but, c’est parfois de vivre quelque chose de mauvais dans un contexte qui lui va être bon.
Faites des choses qui n’ont pas besoin de bien se passer
Lorsque vous avez l’habitude d’être sérieux, compétent et réfléchi, vous pouvez finir par ne choisir que des activités dont vous savez déjà qu’elles vous correspondent.
Le problème, c’est que vous ne pouvez pas découvrir quelque chose de réellement nouveau sans accepter une certaine part d’aléatoire.
Vous ne savez pas à l’avance quel loisir vous fera du bien, avec quelles personnes vous vous sentirez particulièrement vivant ou quelle expérience un peu improbable deviendra importante pour vous.
Il faut donc faire de l’essai-erreur.
Vous pouvez, par exemple, réserver un moment chaque mois pour essayer quelque chose de nouveau sans exiger que ce soit utile, intelligent ou même particulièrement réussi.
Choisissez une activité qui vous intrigue vaguement. Accompagnez un proche dans l’une de ses passions. Testez un cours gratuit. Allez quelque part où vous n’auriez aucune raison logique de vous rendre.
Puis observez ce qui se passe.
Peut-être que ce sera effectivement nul. Très bien : vous aurez essayé et vous repartirez avec une anecdote.
Peut-être aussi que vous vous surprendrez à rire, à oublier l’heure ou à sortir de là avec beaucoup plus d’énergie qu’en arrivant.
Vous ne pouvez pas prévoir quelles expériences fonctionneront. Vous pouvez seulement jeter régulièrement de petites pièces dans la machine et regarder ce qu’elles produisent. On joue avec de l'aléatoire.
Demandez-vous moins « pourquoi ? » et davantage « est-ce que ça me fait du bien ? »
Quand vous avez l’habitude de fonctionner avec votre tête, vous pouvez vouloir comprendre précisément pourquoi quelque chose vous plaît.
Pourquoi cette activité m’apaise-t-elle ? Pourquoi est-ce que je me sens mieux avec ces personnes ? Quel mécanisme psychologique explique ce changement ?
Seulement, vous n’avez pas besoin de comprendre entièrement une expérience pour profiter de ses effets.
Votre corps est capable de vous transmettre une information beaucoup plus simple :
« Quand je fais ça, je me sens bien. »
Évidemment, cela ne signifie pas qu’il faut suivre aveuglément toutes vos impulsions sous prétexte qu’elles sont agréables. Certaines choses font du bien immédiatement et nous détruisent à long terme.
Mais lorsqu’une activité vous donne davantage d’énergie, vous aide à relâcher la pression et vous laisse durablement dans un meilleur état, vous n’avez pas nécessairement besoin de lui faire passer un examen théorique avant de lui accorder une place dans votre vie.
Au lieu de chercher uniquement pourquoi vous allez mal, vous pouvez commencer à observer comment vous allez mieux : Qu’est-ce qui vous permet de poser votre cerveau ? Dans quels moments cessez-vous de vous observer en train de vivre ? Quelles expériences vous ramènent dans votre corps, votre plaisir et votre relation aux autres ?
Ce n'est plus à la tête de réfléchir, c'est aux trippes de ressentir. Quelqu'un d'intelligent peut se raconter beaucoup de choses, en revanche le corps lui ne ment jamais.
Votre cerveau n’est pas le problème
Vous n’avez pas besoin de renoncer à votre intelligence, à votre sérieux ou à votre capacité d’analyse.
Ces qualités vous permettent probablement de comprendre énormément de choses, de résoudre des problèmes et de construire des projets importants.
Seulement, vous n’êtes pas obligé de les utiliser en permanence.
Un muscle constamment contracté finit par devenir douloureux. Pour continuer à vous concentrer, à réfléchir et à prendre de bonnes décisions lorsque c’est nécessaire, vous avez aussi besoin de moments de détente.
Des moments pendant lesquels vous n’avez rien à prouver, rien à réussir et pas grand-chose à comprendre.
Vous ne cherchez pas à remplacer votre cerveau par du vide. Vous ajoutez simplement votre corps, votre intuition, votre candeur et votre plaisir dans l’équation.
Dans la vidéo associée à cet article, je vous explique plus précisément pourquoi l’anticipation permanente peut finir par retirer toute surprise à votre vie, comment utiliser des activités volontairement « nulles » pour retrouver de l’élan et pourquoi certaines personnes peuvent vous aider à accéder plus facilement à cette partie spontanée de vous-même.
Regarder la vidéo : Trop intelligent pour être heureux ?
La règle d'or, c'est faire des choses parce que "pourquoi pas".